Vie intérieure

J’ai testé le hammam traditionnel pour la première fois de ma vie

Pourquoi maintenant me diras-tu ? Et bien parce qu’il n’y a pas de hasard. Le hammam, c’est le nettoyage le plus pur et le plus profond que je connaisse. Je pratiquais déjà dix petites minutes de hammam à chacune de mes visites en spa, et je me rappelle ne l’avoir jamais tant apprécié qu’une après-midi où je transpirais la rage. C’était d’ailleurs exactement ce qui s’était passé, j’ai transpiré la rage, et la rage a disparu.

Ce qui s’est passé dimanche dernier, c’est encore le cran au-dessus. Ça fait plus d’un an qu’on me propose un bon hammam, mais c’est maintenant que j’en avais besoin, et comme il n’y a pas de hasard, c’est maintenant qu’on a fini par se décider à y aller. Moi c’était ma première fois et comme toutes mes premières fois, je suis gauche et pas adaptée. Je n’ai pas su quels produits emmener, j’ai oublié de prendre une bouteille d’eau glacé (must du must, avec des rondelles de citron dedans), j’ai rechigné à emmener mes petites poudres à mélanger parce que non, je ne savais pas. Pour ma défense, je suis une gentille petite catholique et le hammam, c’est clairement pas dans ma culture. Mais je crois que ce jour-là, je me suis pris dans la gueule la richesse du partage culturel. J’ai aimé qu’on m’y accueille alors que je ne comprenais rien, j’ai aimé me sentir dans un incroyable cocon féminin. La féminité dans la religion musulmane, chez les juifs séfarades (un sujet qui m’intéresse particulièrement parce que l’héroïne de mon roman est juive et que, pour ne pas vous mentir, je n’y connais rien), c’est nouveau chez moi. Mais comme me l’a soufflée mon amie, ce genre de moments vous fait imaginer l’atmosphère chaleureuse des harems et il y a une espèce de communion incroyable qui vous fait vous sentir profondément bien. Avais-je conscience que sortie de ce contexte je ne m’entendrais probablement avec aucune d’entre elles ? Evidemment, mais qu’importe. C’était un instant de grâce, une communion purificatrice, un moment où chaque femme dont tu croises le sourire devient ton amie et j’avais juste besoin de ça.

Je me suis retrouvée seins nus face à ma cuvette, assise sur mon tabouret, à déballer mes produits et me faire tous les soins que je me faisais d’ordinaire le dimanche soir entre deux épisodes de série, à découvrir des produits dont j’avais entendu parler mais dont j’ignorais tout des bienfaits, à me tartiner de rhassoul, moi qui ne l’avait jamais utilisé que pour mes cheveux, à réveiller mes sens étiolés par la tristesse et la colère, à ressentir une soif vivace, moi qui n’avait pas bu depuis des semaines.

J’ai vu mon corps dans le miroir et, au milieu de toute cette diversité de chaires, de couleurs et de formes, au milieu de cette douce bienveillance, je me suis trouvée très belle. Les enfants qui suivaient leurs mères, le piaillement des potins, les hauts de maillots de bain qu’on abandonnait sans pudeur à côté de sa vasque, les femmes qui se couvraient d’argiles exotiques et se rinçait à l’aide d’une simple coupelle, l’eau qui coulait et semblait entraîner avec elle toute la noirceur humaine, oui, ce fut une fantastique parenthèse, un voyage dans le temps et dans l’espace, un plongeon culturel et finalement, lorsque le kessa eut fini de retirer toutes les peaux mortes de mon corps, une putain de renaissance.

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