Carnet de route,  Photographie

Prague, l’épopée kafkaïenne

Sait-elle seulement ce que veut dire kafakaïen ? se demande-t-il derrière son écran (ou elle, plutôt car, ne nous mentons pas, mon lectorat est principalement féminin). Et bien non, et elle s’en fout (bim, comment je te place direct l’ambiance). Elle n’a même pas ouvert un seul Kafka, ni avant, ni après. Ça ne nous a pas empêchés, mon compère de voyage et moi-même, d’utiliser le terme kafkaïen trente fois par jour sans jamais nous demander si c’était approprié (enfin c’est pas vrai, on s’est posé la question, mais comme on avait pas la réponse on a décidé de continuer à faire comme si). Et je n’ai toujours pas été checker la définition correcte sur internet. (À propos de checker, nous l’avons aussi remplacé par tchéquer, et nous répétions en boucle « tchèque » dès qu’un truc était vérifié. Mais c’est pas ça le pire. Le pire, c’est que ça nous faisait toujours marrer au bout de quatre jours.) (C’est peut-être à cause de ce genre de choses que je suis célibataire, maintenant que j’y pense.)

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Âme kafkaïenne perdue dans une étendue enneigée.

Mais bon. On était à Prague, il faisait froid, il neigeait, c’était forcément kafkaïen, c’est une évidence.

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Tram pragois s’élançant kafkaïennement dans l’avenir.

Alors par contre, laisse-moi te prévenir, si tu cherches de l’inédit, du fou, de l’underground, quitte cette page avant d’être déçu. Le kafkaïen oui, mais du kafkaïen de touriste. Avec ses joies, ses peines, sa bouffe pas jouasse (être français devient rapidement un terrible handicap quand il s’agit de se nourrir à l’étranger) et ses arnaques. Faut dire qu’en quatre jours dans une ville pareille, difficile de prendre le temps de se perdre dans tous les quartiers, parce que tu as cette angoisse du touriste, celle de tout voir, tout découvrir, de ne pas rentrer pour dire « on s’est baladé ». Ouais. Et c’est tout. Encore, j’étais moins stressée que mon pote, qui aurait pu lire tout le guide du routard avant s’il avait pu (moi j’aurais pu, mais franchement, je ne l’ai pas fait) parce qu’il avait l’inquiétude (justifiée) de passer à côté d’une merveille sans qu’aucun de nous ne s’en rende compte. C’est ce qui se passe quand tu lis le guide dans le vol du retour plutôt que dans celui de départ.

 

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Trace de doigt sur ciel kafkaïen.

Bon, on était quand même venus avec quelques objectifs en tête : faire une overdose d’art nouveau, découvrir la ville juive, boire de la bière et voir le Pont Charles (que mon pote a passé trois jours à appeler le Pont St-Charles, qui passait prétendumment sur la Moldova). Dieu merci, il n’a parlé à personne et notre réputation est restée intacte (du moins c’est ce qu’on croyait quand on faisait des blagues douteuses, jusqu’au moment où on a réalisé qu’en fait il y a masse de français dans cette foutue ville).

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Le pont CHARLES et la MOLDAU.

(Je l’appelle la Moldau parce que c’est son ancien nom et que j’adore le morceau éponyme, et puis surtout parce que je suis incapable de prononcer son nom usuel. La Vltava, si tu as envie d’essayer.) (Qui suis-je pour juger tes hobbies ?)

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Sainte-Barbe sous un soleil kafkaïen.

Et surtout, oui, surtout, prendre un milliard de photos. C’est l’avantage ultime quand tu pars avec quelqu’un qui a le même trouble que toi avec la photographie, c’est que tu sais que personne te fera chier quand tu réclameras une longue pause parce que « attends une seconde la lumière est trop beeeeelle » *. D’ailleurs s’il m’avait fait la moindre réflexion, je lui aurais rappelé qu’on est revenus tous les jours sur ce putain de Pont Charles qui est sympa mais bon, tout de même, sous prétexte que la lumière n’était pas la même que la veille (mais demeurait merdique). Bon, j’avoue, sous la neige c’était cool. Oui, parce qu’il a neigé, pile au moment où à Lyon on frôlait les vingt degrés, et autant mon corps s’habitue assez lentement au froid (que pourtant j’aime beaucoup, je dois être un peu nostalgique de mes folles années strasbourgeoises), autant le chaud ça va, il prend vite ses aises. Alors laisse-moi te dire que j’étais pas exactement adaptée à la situation (ce qui m’a appris une grande leçon : être glamour c’est bien, ne pas congeler sur un pont, c’est mieux. L’an prochain, j’investis dans une doudoune à glisser sous son manteau. Na.) (Parce que bien sûr que je vais continuer à voyager l’hiver, si tu crois que c’était ça la leçon hahaha !) (On a quand même décidé que la prochaine fois, on irait plutôt à Barcelone. Va savoir pourquoi.)

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Traces de pas dans la neige kafkaïenne.

D’ailleurs j’avais pris mon appareil numérique que je sortais pour la première fois depuis son achat et, comme je voyage léger en fringues, autant compenser, mon polaroid Lomography, que j’ai enlevé de mon sac puis remis puis renlevé puis remis, parce que je lui faisais la gueule mais que bon, c’est sympa les polas. En fait, pour te spoiler méchamment la suite, j’ai eu le nez creux sur ce coup, et je crois que la leçon du jour, c’est de ne jamais voyager avec un seul appareil photo (inutile de me dire que c’est une évidence mais moi, je débute et je dois faire mes propres expériences).

Passants terrassés par une neige kafkaïenne.

Car mon problème, vois-tu (et là je ne te spoile rien, l’absence totale de photos numériques de mon voyage a déjà dû te mettre la puce à l’oreille), c’est que je suis nulle à chi** avec les photos de paysage. C’est vraiment pas ma came, y a pas à dire. Bon, ok, la lumière n’aidait pas, mais quand même bordel. Impossible d’obtenir quelque chose de satisfaisant. Déjà j’arrive pas à cadrer, c’est jamais droit et ça m’agace, et non je ne sais pas redresser une photo sur logiciel (posons directement ce principe de base : la retouche m’ennuie prodigieusement. Patienter le temps de développer mes négatifs c’est une chose (et puis c’est marrant) (je ne disais pas ça la dernière fois que je me suis retrouvée les bras dans un manchon par 40°C, je te l’accorde) mais retoucher mes photos, c’est vraiment la partie que je trouve la plus rébarbative en photo).

Arbre aux branches kafkaïennes dans le cimetière juif.

Après je me dis que c’est quelque chose à apprivoiser, mais je crois que pour ce qui est de la ville je le ferai sagement à Lyon, tout simplement. Par contre j’ai adoré prendre des portraits (j’avais en plus la chance d’avoir un modèle particulièrement photogénique). Et de fait, frustrée et de mauvais poil, j’ai commencé à sortir mon pola. J’avais pris deux recharges : une avec le bord voyage (oui c’était adapté, des fois je calcule mes actes, tu sais) et une en noir et blanc parce que, connaissant mon pote, je savais qu’on allait en tirer profit. Et en fait, les polas noir et blanc l’hiver… quelle révélation. Laisse-moi te dire que je m’en suis donnée à coeur joie sur l’atmosphère kafakïenne !

Être en plein désespoir kafkaïen aux abords de la ville juive.

On avait plutôt bien structuré nos journées et notre temps a été extrêmement bien mis à profit. C’était pas évident pour moi de me lever tôt, mais je ne regrettais pas quand le froid se mettait à tomber (c’est à dire qu’il faisait -10°C au lieu de 3) vers 16h et que je ne pensais plus qu’à rentrer. La ville juive s’est particulièrement bien prêtée à une mise en scène un peu plus spectaculaire, et la neige sur le château le lendemain m’ont permis de parfaire l’effet être humain perdu dans une étendue blanche, à la recherche de son âme **. Non y a pas à dire, les polas noir et blanc c’était une sacrée réussite. J’ai été très agréablement surprise parce que la dernière fois que j’avais pris mon Lomo en voyage j’avais eu l’impression d’avoir gaspillé mon argent avec cet achat. Là, probablement blasée par mes échecs en numérique, je me suis un peu laissée aller à l’expérimentation et à la créativité, et le résultat est vraiment satisfaisant. Bon par contre, je me dis que cette visite aurait été plus intéressante si j’avais fait mon mois sur le judaïsme avant. A chaque fois que je voyage j’essaie de me convaincre que ce n’est pas grave si je ne sais pas tout, et que je découvrirai plein de choses sur place, mais en fait je finis toujours frustrée et je me jure que ça n’arrivera plus jamais (c’est comme ça que je me suis mise à l’italien parce que j’en avais marre de ne rien comprendre pendant mes voyages).

Méditation kafkaïenne et coude inconnu.

Prague c’est très bien, mais t’as quand même des fois un peu l’impression qu’ils sont restés bloqués dans les années 2000 (remarque rattraper les wagons après le communisme ça doit pas être évident, et tu peux pas comprendre la philosophie des années 90 si t’as pas subi le flower power avant, j’imagine) et puis ils ont un vrai souci avec Trip Advisor. Tu peux aller nulle part sans qu’ils te donnent un papier pour que tu ailles leur mettre une bonne note sur Trip Advisor et expliquer au reste du monde (de préférence en anglais) à quel point, Prague, c’est d’la balle.

Toits kafkaïens.

Mais la palme de la visite la plus épique revient tout de même au Klementinum. D’abord, l’entrée au Klementinum coûte cher, comparativement à d’autres trucs tout aussi intéressants. Le Klementinum, tu trouves jamais l’entrée parce qu’en fait c’est pas juste un bâtiment, c’est un pâté de maison (ce qui fait que tu passes 39 fois autour sans le savoir). C’est un ancien collège jésuite qui abrite une bibliothèque universitaire, des salles de concerts et plein d’autres trucs que j’ai la flemme d’énoncer (et c’est pas grave parce que tu vas voir, c’est dans le thème), mais certaines pièces y sont ouvertes au public comme une bilbiothèque baroque assez spectaculaire (comme notre guide, comme tu ne vas pas tarder à le voir) (oui, je vais arrêter de teaser, promis) et une tour astronomique avec des marches tellement étroites qu’il est clairement énoncé en bas que tu montes à tes risques et périls (c’était notre dernière visite et on se trainait nos sacs de voyage, c’est te dire si on était jouasses). Déjà histoire de bien commencer, notre guide était le sosie de Norman, ce qui peut ou non jouer en sa faveur, selon (je te laisse deviner de quel côté je me situe), et il avait l’air complètement à l’ouest. La visite, censée durer cinquante minutes, a été bâclée en trente minutes (dont dix minutes pour redescendre de la tour sans mourir) par Norman, qui nous commentait les objets croisés avec beaucoup de détails d’une grande pertinence « Ça c’est un livre très ancien », « Ça c’est une échelle, mais ça peut aussi faire table ou tabouret. ». Bon. Je reconnais qu’on est pas tous égaux quand il s’agit de poser le contexte, m’enfin là payer 15 balles pour qu’on me désigne un télescope en me disant que c’est un télescope… Mais c’était pas très grave, parce qu’une fois arrivé tout en haut, t’as droit à un panorama de fou sur la ville. Et puis, à un fou rire gratuit, quand le guide, au moment de te dire aurevoir, finit par : « Je suis désolée si la visite était un peu ennuyeuse mais j’ai la gueule de bois. » On m’a encore dit « chuuuuuuuut » quand j’ai ri trop fort. Apparemment c’était pas très urbain de se moquer de ce pauvre garçon.

Par contre, je comprends pas, il nous a même pas demandé de mettre une note sur Trip Advisor.

* ceci est une situation purement fictive car, en l’occurence, la lumière était à chier. Genre tout le temps.

** so kafkaïen te dis-je.

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