Vie intérieure

Cécile de France avait raison

A 29 ans et 364 jours, je vivais ma vie au futur. J’avais pas un rond, des envies plein la tête, et l’impression que rien n’était atteignable. J’étais plutôt mal entourée, angoissée à l’idée de ne jamais vivre, désorganisée, en proie à mille et un blocages. Je voulais un chat, partir un mois au bout du monde, revenir et recommencer, planter mon boulot pour devenir auteur, mais j’osais à peine l’exprimer, devenir photographe aussi, pourquoi pas. Sortir de mon carcan et vivre. J’étais une petite fille avec des rêves plein la tête, et c’est l’image que je risque de laisser dans la tête de pas mal de personnes. Tant pis.

A 31 ans et 2 jours, je vis ma vie au présent. Au terme de l’année la plus longue de ma vie, je suis devenue la personne sur laquelle je fantasme depuis que j’ai 14 ans et que je préfère imaginer ma vie plutôt que la vivre. Parce que la vie adolescente peut être décevante, parce que je n’ai jamais été bien courageuse ou grande gueule. Parce que penser dans son coin et se taire sans se préoccuper du qu’en dira-t-on est une solution. Temporaire.

A 31 ans et 2 jours je dis non. Je dis tout, en fait. Je devrais probablement me la fermer parfois, mais que veux-tu, après trente ans à prendre sur soi, on a parfois du mal à réfréner ses ardeurs, et ma vie est bien meilleure maintenant. J’ai un cercle amical à la limite de la perfection, un métier agréable qui me permet de vivre comme je l’ai toujours souhaité. Trois jours par semaine je m’y consacre corps et âme, puis vient le jeudi et je deviens une artiste. Plongée dans les livres et les expérimentations photos, seule au monde dans mon appartement, avec mon chat et mes amis sur internet. Face à des défis, face à la difficulté qui n’est plus une ennemie mais une charmante alliée. Et le soir je sors car c’est bien mérité. Le shopping, les soins pour les cheveux, la futilité, mais juste ce qu’il faut, car ce qui compte c’est de voyager. Avec des gens marrants, et parfois peu d’argent. Peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse. Oui, je crois qu’à trente ans, j’ai finalement franchi le premier cap de mon plan de vie. Ça tombe bien, je suis prête à m’élancer vers le suivant.

On a pour seules limites celles qu’on s’impose, et mes limites sont mortes avec ma vingtaine, merci bien.

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