Photographie

Autoportraits, le temps d’une cigarette

Ça fait quelques temps que j’ai cette obsession de faire mes prochains autoportraits avec une cigarette au bec. Non pas que je fume (j’ai essayé deux fois, c’est vraiment pas mon truc, et le shooting de ce soir me l’a bien confirmé), mais j’ai toujours trouvé une certaine élégance dans ce prolongement fumeux de la main. Et puis, quand j’étais à Prague (tu sais, ce fameux voyage dont je n’ai pas encore écrit le compte-rendu), j’ai découvert que le prix des cigarettes était incroyablement bas. Et je me suis dit qu’entre un accessoire à 3 euros et un accessoire à 10 euros, il n’y avait pas à hésiter.

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L’été dernier, comme je l’ai déjà précisé, je me suis sentie profondément (oui j’ajoute un bon adjectif bien culpabilisateur, bouh !) seule. Mais dans ma solitude, j’étais munie d’un incroyable appareil photo argentique et, n’ayant de goût que pour le portrait et, n’ayant personne d’autre que moi-même sous la main (parce que j’étais vraiment très très seule vois-tu) (* insérer un solo de violon, merci *)je me suis mise à me photographier. Depuis, j’ai plaisir à répéter que je suis la seule à savoir me prendre en photo. Le double-rôle de modèle et de photographe m’apporte un rare plaisir. Celui de me trouver jolie, astucieuse, maligne, de n’avoir à discuter avec personne de ma photogénie, de conserver les photos que je veux sans avoir à m’en justifier. Mais surtout, au-delà de la praticité de l’affaire, il y a, à n’en point douter, une indéniable démarche thérapeutique. L’été dernier, j’ai voulu montrer mon deuil et ma souffrance. Aujourd’hui, peut-être, qu’envers et contre tout je persiste et signe sur la nouvelle route que je me suis tracée. On ne fera pas de psychologie de comptoir, l’autoportrait est une façon formidable de se montrer au monde sans fard (comme mes romans, mais en plus rapide et, de fait, plus satisfaisant sur le court-terme), et de laisser le choix au public de l’interprétation qui l’arrange.

 » Elle fume, aurait-elle sombré dans la dépression ?  »

 » Non, moi je crois plutôt que ça montre qu’elle se fiche de l’opinion populaire et de son éducation judéo-chrétienne.  »

Who knows.

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Je n’avais pas prévu le tournant que prendrait ma journée. Ça faisait quelques jours déjà que je projetais de consacrer plusieurs heures de mon week-end de Pâques à une session photo. Les accessoires souhaités commençaient à m’apparaître clairement, de même que ma ligne directrice. Pour ne rien gâcher, le soleil, pourtant plutôt caractériel ces temps-ci, était au rendez-vous. J’ai quand même repoussé. Langueur du week-end, manque de foi attribuée (parce que pourquoi pas après tout ?) à mes hormones revêches. Un masque capillaire, je me lave les cheveux, je me maquille, je sors les fringues sélectionnées. Une vision de chemise blanche, mais quoi en dessous ? D’abord je m’assois à terre devant ma table basse. Je suis trop petite et ça ne rend pas ce que je veux. Je me mets en culotte, mais on voit un peu trop les défauts de mes cuisses (et oui, je n’ai plus vingt ans). J’enfile un jean. Ce n’est pas le bon, je le sens, mais il fera l’affaire. Certaines photos ont l’air pas mal au final. Je prends mon appareil, j’ouvre l’espace réservé à la carte mémoire. Malheur. Pas de carte mémoire.

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Du gâchis. Les cheveux lavés pour rien, le temps si précieux gaspillé alors que j’aurais pu écrire. Ma pauvre cigarette sacrifiée sur l’autel de la vacuité.

Mais non, voyons, c’est une putain de leçon. Toujours vérifier ta carte-mémoire.

Je ne peux pas m’empêcher de me dire que ça ne me serait jamais arrivé avec un argentique. Ah ! Mon irréductible tendance à me lover dans ma zone de confort. Alors je boude. Je me remets en pyjama (c’est le week-end les mecs, et particulièrement, un week-end où j’ai décidé de ne voir personne), je ne me démaquille pas, parce que je boude. Je me fous dans mon lit, je mate La vérité si je mens 2, parce qu’ils me manquent mes petits juifs séfarades, et que je crois que des fois, j’ai des envies de communauté (les hormones, sûrement), et je m’enfile des shokobons (parce que si j’arrête, je ne pourrais plus me plaindre de mes boutons).

Je ne sais pas trop ce qui se passe, mais à la fin du film, la musique entraînante, les copains, l’amour, le judaïsme, va savoir, tout ça me donne une énergie folle. Je me dis qu’allez tiens, pourquoi je ne me tenterais pas une session photo à la lumière de la nuit, plutôt qu’à celle du jour (ça valait bien le coup d’attendre une journée ensoleillée, tiens). Je range mes lunettes d’intello (j’ai des nouvelles lunettes, et elles sont TOP), je ressors ma chemise blanche, je trouve immédiatement LE jean, je prends une autre innocente cigarette, et je me lance.

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Me voici avec dans une main une cigarette que je ne porte à ma bouche que pour souffler dedans et éviter qu’elle ne s’éteigne pendant que je fais mes réglages de l’autre. L’enceinte crachote du jazz et de la soul qui s’échappent par la fenêtre ouverte malgré l’heure tardive, parce que je préfère encore me faire engueuler par les voisins que d’asphyxier mon chat par ferveur photographique (On aurait l’air cons tiens… « Et il s’est passé quoi au juste mademoiselle ? » « J’ai voulu faire de l’art. » Tu m’en diras tant.). C’est irréel, c’est n’importe quoi, et c’est génial.

J’aime les contrastes tranchés et le grain qu’apportent la lumière nocturne. Ça ressemble à s’y méprendre au style de photos que je préfère dans les expos, et le rendu est parfait en noir et blanc. C’est presque trop minimaliste au niveau des accessoires, mais tant pis. J’aime mon cadrage, je crois que j’ai un problème pour adorer à ce point couper des têtes (un traumatisme non résolu de Révolution française peut-être ?). La chemise est parfaite, le jean est parfait, et j’adore la petite touche mystique qu’apporte le tarot. Lui, je le ressortirai, c’est certain.

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Conclusion : il n’y pas d’heure pour faire de l’art, les copains.

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