Vie culturelle

J’ai re re re re re regardé L’auberge espagnole

Ce film, c’est ma deuxième cassette vidéo. Ma mère s’était enfin décidée à acheter un magnétoscope, et je pense qu’elle n’a pas tardé à le regretter parce que ce film je l’ai mis en boucle, pour faire mes devoirs, faire de la peinture, inventer des histoires, manger et écrire à mes potes. Des mois durant il est devenu le fond sonore de mes activités quotidiennes, le fredonnement rassurant qui berçait mes aspirations et mes espoirs, tant et si bien que moi qui n’ait aucune mémoire auditive, j’ai fini par en connaître les moindres dialogues.

Jamais, non jamais je n’aurais cru qu’il pu avoir une influence aussi profonde. Encore que de la poule ou de l’œuf, saura-t-on jamais qui arriva le premier.

L’auberge espagnole est l’expression la plus pure, la réponse la plus exaltante à  à un désir profond, inarticulé et étouffé, qui ne m’a pourtant jamais abandonnée.

Les vieux apparts, la déco de bric et de broc, les intérieurs anarchiques, les langues, les rencontres, les voyages, les colocs, l’amitié,  le besoin d’ailleurs, le bordel. Pas l’amour, Dieu merci, mais peut-être qu’on s’en fout, finalement. Cette scène de décollage que je me repasse chaque fois que je prends l’avion, parce que j’aime cette idée et que je l’attends depuis si longtemps ce décollage, spectaculaire, incroyable. L’art de la démesure. Ce moment que personne n’aime dans l’avion mais que j’adore, parce que depuis 15 ans la voix de Romain Duris siège dans un coin de ma tête, à chaque fois, sans jamais faillir.

Xavier, que je n’ai jamais aimé, que je n’aime toujours pas, que je n’aimerai probablement jamais, et pourtant… C’est peut-être lui qui me ressemble le plus, dans cette histoire. Car oui, il y a cette magnifique scène de fuite, cette fuite magistrale, libératrice et jouissive, cette fuite que je ne cesse de désirer et d’appeler, et que je répète, finalement, une fois par an, parfois plus. Ce saut dans le vide, moi qui me pensais trop cœur d’artichaut pour survivre au moindre changement, moi qui finalement ne peut que subir la routine, mais suis incapable de le supporter.

Pour pouvoir dire, à mon tour, je choisis un avenir sans débouchée. Je vais faire ce que j’ai toujours voulu faire, je vais écrire.

Car tout, dans la vie, n’est rien qu’une histoire de décollage.

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