Vie intérieure

Qu’est-il donc advenu de mon pessimisme ?

Tu ne l’as peut-être pas vu, mais pourtant il était là, lové contre mon ventre, caché dans mon ombre. Des semaines, peut-être même des mois qu’il s’installe, et que chaque jour je lutte. Qu’il me montre tout ce qui ne va pas, et me transforme en guerrière de l’injustice, et que je rabâche sur des conditionnements en admettant, triste existence, que certains sont là pour toujours. Des semaines, des mois peut-être, que je ne cesse pas de croire, certes, mais avec moins d’enthousiasme et de vigueur. Des semaines, des mois peut-être, à tenir sur les nerfs, et rien que les nerfs.

Et puis j’ai choppé un bon vieux virus des campagnes.

Sur le coup j’en ai vu tous les défauts, une semaine sans bosser, tout cet argent dont j’allais être privée, moi qui ne savais déjà pas trop comment j’allais survivre cet été (en mangeant des salades et rien que des salades, donc, aux dernières nouvelles), et puis j’ai mal, je suis courbaturée de partout, j’ai chaud, tout le temps, je transpire, j’en ai marre.

Ça tombe bien, ça fait des mois que j’en ai marre, de toutes façons. Des mois que lever le petit doigt m’épuise, que la moindre contrainte m’éreinte. Des mois que j’ai envie de me rouler en boule sous la couette et de fermer boutique, pour un mois, deux, trois peut-être, et qu’on me foute la paix. Des mois que je suis en colère contre le monde entier, que je claque des portes au nez, que j’accepte le changement en me demandant si cette fois-ci je ne vais pas y laisser ma peau parce que sérieusement, quid de mon optimisme et de mon énergie ? Celle-là, je ne l’ai plus croisée depuis tellement longtemps que je me demande si elle n’était pas qu’un mirage, une invention pure de mon esprit malade. C’est qu’on raconte que je ne suis pas très stable émotionnellement, j’ai les nerfs fragiles, et au XIXème, on aurait sûrement pas hésité à m’enfermer dans un hospice louche, plutôt qu’à s’interroger sur le bienfondé de mes émotions.

C’est que c’est plus facile, évidemment.

Alors oui, mon corps a craqué, finalement. Moi qui le suppliait de tenir jusqu’au mois d’août, il a envoyé valser mes prérogatives, ma culpabilité (c’est que mes clients vont finir par me penser mourante à ce train-là !) et ma ténacité (de l’argent ! j’ai besoin d’argent !). Il m’a clouée au lit, il m’a fait taire, et puis j’ai transpiré. J’ai chialé tout ce que j’ai pu, parce que non, vraiment, cette fois-ci, je n’en pouvais plus. Et au milieu de mes larmes, une épiphanie. Une lueur de réalisme dans cette aquarelle teintée de gris anthracite.

Comment aller bien quand on ne regarde que la face sombre de la vie ? Oui, le monde a des défauts, et on ne change pas les gens, mais rien n’est figé non plus. Non, la vie n’est pas parfaite, et certes, j’ai vraiment besoin de repos. Mais en y regardant de plus près, je me suis souvenue de ce que j’aimais, chez ces gens-là dans lesquels je ne crois plus depuis plusieurs semaines. J’ai retrouvé, dans un éclair fugace, le plaisir d’être là, dans ma vie, parce que soudain, oui, ça m’est revenu, rien n’est grave et tout va bien.

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