Photographie

Parlons massacre, parlons photographie

Je n’ai pas encore finalisé mon article sur le comparatif argentique/numérique, mais je te le dis tout de même dès maintenant (#spoileralert), je préfère la photographie argentique. Je ne développerai (hahaha LOL) pas en long et en large mes arguments ici (sinon ça sert à rien d’en faire un autre article, on est d’accord), mais l’une des raisons de ce choix réside dans le fait que le numérique possède un côté très lisse et qu’une photo numérique, pour être réussie, nécessite d’être absolument parfaite. Tant dans le choix du sujet que dans la composition. La lumière, le cadrage, rien ne doit être laissé au hasard, et souvent on doit avoir recours à la retouche pour obtenir un résultat entièrement satisfaisant. A contrario, l’argentique possède un grain et un charme qui autorisent une performance un peu moins spectaculaire. Suis-je en train d’insinuer qu’une photo argentique est toujours réussie ? Hahaha, non, crois-moi, loin s’en faut. Et là, c’est la Philomène qui vient de récupérer trois pellicules au labo qui te parle.

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Où la révolution française n’épargne pas la Tour Eiffel.

Comme je l’ai déjà expliqué (ou peut-être pas ici, va savoir), j’ai véritablement commencé la photographie avec un reflex argentique, et c’est clairement là que se situe ma zone de confort. Dès qu’on en sort (reflex numérique ou argentique non reflex), c’est là que les ennuis commencent (encore une fois je ne sous-entends pas que toute photo réalisée par mes petites mimines au reflex argentique est un chef d’œuvre, et t’inquiètes que si tu veux du contre-exemple, ça va bien finir par arriver). Et comme ma confiance en moi a fleuri on ne sait trop par quel miracle, j’ai décidé tout naturellement de bosser ma polyvalence, et ça ne se fera pas sans de tragiques déconvenues. Et c’est bien exactement de cela qu’on est en train de parler aujourd’hui.

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Mais qu’a-t-elle donc voulu montrer ?

Si je le pouvais, et si j’étais toujours dans l’état d’esprit de mes 29 ans, il va de soi que je resterais chevillée à mon reflex argentique. Sauf que d’une part, c’est mal (pour l’état d’esprit aventurier de mes 31 ans, du moins) et en plus et bien le reflex, ça pèse son poids (replaçons le contexte, je suis petite et pas très musclée, et non je n’éprouve aucun plaisir à porter un sac lourd toute la journée. Et en plus quand quelque chose me gonfle, je suis infecte. C’est plus clair comme ça ?). Alors les reflex pour un projet c’est bien, mais mes vacances me l’ont prouvée, à trimballer partout, no. Way. Du coup, que faire ? En venir au sujet de cet article ? Ah oui tiens, faisons ça.

Du coup, la question d’un appareil compact et léger s’est posée et au terme d’une de mes visites hebdomadaires aux Ateliers de Marinette, je suis repartie avec un Kodak retinette folding (doté d’un magnifique objectif Angénieux* oui madame tutafé). Trois pellicules plus tard, le verdict.

Et là, clairement, on peut sagement lister chacun de mes défauts car ces photos ne mentent pas. Parlons cadrage, avec des immeubles pas droits, des bâtisses inintéressantes alors que dans le coin gauche de la photo on devine ce qui avait initialement attiré mon attention, et puis des coupures à des endroits improbables. Ok, le viseur du kodak c’est pas Byzance, m’enfin bon, le coupable numéro un, c’est le manque d’observation et un photographe, c’est l’œil avant tout.

Et puis la mise au point par bague… Visiblement évaluer les distances n’est toujours pas mon point fort. Et encore c’est rien à côté des flous (non artistique) qu’on trouve sur la plupart des photos (mais parisiennes uniquement, donc on ne pourra pas s’inquiéter d’un début de Parkinson pour se rendre à l’évidence : j’ai du mal à me poser et à prendre mon temps) (j’ai donc absolument toutes les qualités requises chez un photographe, ouais).

Mais là où le bât blesse le plus, c’est le manque d’intérêt des photos de ville. Ok, c’est moins catastrophique qu’avant (Prague, si tu m’entends…) mais ça ne dégage ni ne raconte grand-chose. A croire que je suis incapable de mettre la moindre âme dans une photo sans personnage, et c’est peut-être bien ça le problème, comment raconter une histoire quand on ne sait pas soi-même ce qu’on cherche à montrer (parce que « hé ! c’est joli » ben ça nourrit pas son photographe).

Quand soudain, à force de grogner et de trier mes photos, une espèce de miracle s’opère. Seules, elles ne veulent rien dire, mais des thématiques ressortent, comme si mon inconscient, lui, suit un fil conducteur logique. Finalement, en reprenant mes photos, je comprends qu’une photo seule et isolée provoque rarement une émotion, mais que comme je n’ai jamais su écrire des livres courts, je ne suis peut-être pas capable de m’exprimer sur une seule image. Alors je trie, encore, je vire des jolies mais trop répétitives, et puis finalement je raconte une histoire. Ces trois pellicules ne sont peut-être pas si dramatiques, en fait.

Je repense souvent à l’expo des premiers travaux d’Annie Leibovitz que j’avais pu voir à Arles l’an dernier. J’avais été impressionnée par la quantité de pellicules qu’elle consommait, et c’est à ce moment-là, enivrée par le trop plein d’informations, que j’avais pris conscience que pour apprendre, il allait falloir que j’arrête d’être précautionneuse et d’économiser de la pellicule. Que pour apprendre, il allait falloir que je lâche prise, que je me laisse aller à shooter pour voir, pour le plaisir, parce qu’on ne sait jamais. Et surtout, parce qu’il n’y a bien qu’en pratiquant qu’on apprend à pratiquer. Parce qu’après tout, si on se souvient bien, ma première pellicule au reflex argentique était complètement floue, et ces trois pellicules, avant d’être un échec, c’est surtout ma première fois avec un appareil entièrement mécanique. Et puis, quand on repense au fait que j’ai envoyé valser la règle f16 et mon posemètre, parce qu’au bout de deux fois ça me saoulait trop et que j’ai décidé que comme d’hab, j’allais bidouiller, et que la logique était pas si complexe **, et bah c’est déjà pas si mal***.

* Si tu ne sais pas ce que c’est, dis-toi que c’était pareil pour moi il y a deux mois.

** Pensée émue pour la moi qui détestait la physique au lycée.

*** La vérité c’est quand même que je m’attendais à récupérer des photos dégueulasses au mieux surexposées, au pire brûlées.

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