Photographie

Le passage #1 Le vide

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Il parait que dans la vie, l’échec n’existe pas. Comme le disait si bien Mandela « Je ne perds jamais. Soit je gagne, soit j’apprends. » Autant dans la vie en général j’ai parfois du mal avec cette philosophie de vie (et oui, c’est ainsi, j’ai parfois besoin de me lamenter un peu sur mon sort), autant sa justesse est on ne peut plus prouvée dans le domaine de la photographie. Parce que tu vois (pour en revenir à moi), à chaque fois que je récupère mes photos au labo, c’est systématiquement le même cirque :

Etape 1 : Je regarde mes photos en soupirant et je me dis que c’est pas possible d’être aussi nulle.

Etape 2 : Je me dis que si c’est possible (la preuve), mais je me force quand même à repêcher les rares specimens sauvables de la tragédie qu’est mon expérience photographique (non, je n’exagère jamais, je suis la mesure incarnée).

Etape 3 : Comme j’ai quand même un peu d’orgueil et l’espoir que ce soit ma vision le problème (mon ophtalmo dit que tout va bien, mais qu’est-ce qu’il y connaît au fond ???), je poste les Elues sur divers groupes facebook et j’inonde mes amis de « Dis t’en penses quoi ? ». Comme en plus de l’orgueil j’ai quand même un peu d’humilité je supplie pour qu’on me donne des conseils pour m’améliorer. Que j’écoute. Parce qu’on ne devient pas un génie artistique en boudant parce qu’on est un artiste maudit et incompris par sa génération.

Etape 4 : Le temps que tout le monde me réponde je reprends les Elues et je les retrie. Je commence à voir un peu moins les maladresses qu’elles me renvoient à la figure et un peu plus les petites victoires.

Etape 5 : On me donne des conseils et on me dit que c’est pas si mal. Ah. Bon. Du coup je reretourne les regarder.

Etape 6 : C’est vrai qu’elles sont pas si mal.

Etape 7 : Non, mais finalement je les aime bien et tiens, je vais noter les idées qu’on me donne histoire de m’améliorer.

Etape 8 : Est-ce que c’est pas trop cool la photo franchement ? Et est-ce que cette série n’est pas mille fois meilleure que la précédente en fait ? Hein ? *

Et la fois suivante, forte de la leçon apprise en récupérant la pellicule précédente… je recommence tout à zéro.

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Bref, toujours est-il que je viens de me lancer dans ma première expérience de double exposition. C’est un domaine qui m’attire tout particulièrement ces derniers temps, et que j’ai bien envie d’exploiter à terme dans le cadre de mon projet de portfolio lié à mon roman. Du coup j’expérimente à fond.

L’idée pour cette série m’est venue en tombant sur cet article de Fisheye sur le travail de Sarah Seené. Immédiatement j’ai vu dans ses polaroids quelque chose que j’avais aussi envie de tenter mais, n’étant pas équipée pour faire de l’autoportrait avec mes pola, j’ai eu l’idée de reprendre le concept en utilisant la double exposition. J’ai donc pris une pellicule Lomography 400 iso (c’était le bon temps où je n’avais que 3 pellicules couleur d’avance) et j’ai d’abord shooté des fleurs puis j’ai remis la pellicule à zéro et je me suis organisée une séance d’autoportraits.

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Sur le coup, en les récupérant, je me suis d’abord trouvé franchement moche (et ouais, l’image de soi blablabla, et non je ne fais pas des autoportraits par hasard), et j’ai été déçue par le fait que les fleurs soient presque cramées. Bon, je me suis consolée en me disant que pour un premier essai, il y avait quand même des images convenables et surtout, des images qui me plaisaient.

Non, au final, ce qui me gêne le plus dans ces photos, c’est qu’elles ne racontent rien. J’étais dans une période un peu compliquée à ce moment-là, une espèce de phase transitionnelle où tout ce qui devait se terminer trainassait encore, et où rien de nouveau n’avait encore pointé le bout de son nez, et je trouve que ça se ressent. C’est très différent de mes deux premières séances d’autoportraits. Dans la première, je voulais juste me shooter compulsivement pour montrer toute la colère et la tristesse que je ressentais. Résultat, il en ressort une histoire. La deuxième montre un moment de vie, il manque des détails, on ne sait pas précisément ce qu’on regarde, mais il se passe bel et bien quelque chose. Ici, je ne ressentais que du vide, et je trouve que ça ressort. Ce n’est pas forcément un drame, mais je sens qu’il manque quelque chose pour illustrer ce passage à vide à un passage à plein.

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Le reproche principal qu’on m’ait fait lorsque j’ai montré ces photos, c’est la grande part que je donne au blanc dans cette série. Et en effet, ça coule sous le sens, le blanc crame la pellicule, et le reste apparaît à peine en transparence, donnant un faux effet de surexposition. Avec le recul je ne suis plus si sûre que le résultat me déçoive tant que ça au final, car je voulais cet effet de transparence et de fait, je trouve qu’il illustre parfaitement cette idée de vide pur, où se dessine déjà le futur, qu’on entrevoit qu’à grand peine, et que le personnage devine plus qu’il ne ressent clairement. Seulement, seules, ces photos ne sont qu’une expérience. J’ai donc décidée de réutiliser exactement le même procédé et la même pellicule, mais en remplaçant le blanc par du noir, afin d’illustrer le plein. Et le fait est qu’en reprenant mes photos après cette réflexion, j’ai réalisé qu’il y avait bel et bien un ordre logique (un vrai casse-tête pour moi à chaque nouvelle série !) et qu’elles illustraient à la perfection ce passage tâtonnant du vide au plein, de l’incertitude à l’excitation de la nouveauté. Et je crois que ce que j’apprécie le plus dans la photo, finalement, c’est bien ça. On peut se convaincre autant qu’il le faudra qu’on crée juste pour essayer, pour voir, parce que c’est fun, on finit toujours par parler de soi, en définitive.

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* La cyclothymie ? Vois pas de quoi tu parles.

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