Vie intérieure

J’ai eu 30 ans

Déjà ma dernière soirée dans la vingtaine annonçait la couleur. Je me suis retrouvée à jouer à bière pong avec une bande de thésards à Grenoble, et j’ai eu soudain l’impression que ce genre de plans ne pouvaient arriver qu’à 20 ans, quand t’y penses. Ça a bizarrement fait écho à mes propres années étudiantes alors que je ne peux pas me rappeler d’un seul plan similaire. Mais il est certain qu’une soirée avec des inconnus dans une ville où tu dépends complètement de tes potes, ça fleure bon la vingtaine. J’imagine que je n’ai pas besoin de te préciser que j’ai lamentablement perdu, mais nous sommes d’accord qu’il y a eu triche parce qu’il faut pas déconner, si j’arrive à planter une fléchette dans une armature en fer tu vas pas me dire que je ne suis pas capable de balancer une balle de ping pong dans un verre d’eau quand même ? (Surtout que j’étais au jus de pomme, donc j’ai un peu aucune excuse). Mais bon c’était très sympa, surtout quand les inconnus thésards ce sont mis à me souhaiter un joyeux anniversaire à l’unisson, avec quand même un léger bug au moment de sortir mon prénom et quelques regards errants en mode « mais c’est l’anniversaire de qui ? ». Bref, ma dernière soirée à 29 ans a été digne d’une vraie soirée dans la vingtaine. Du coup je ne sais pas si ma première soirée dans la trentaine annonce la couleur de la décennie à venir, mais si c’est le cas je ne sais pas si mon foie va tenir le coup. J’ai même un peu mieux compris la réflexion d’un de mes potes trentenaire (je dis ça comme s’il était vieux mais en vrai il a juste six mois de plus que moi) à qui j’ai proposé qu’on prenne des chambres côte à côte en maison de retraite et qui m’a sorti « Avec plaisir mais je serai sûrement mort d’ici-là ! ».

Pour tout avouer, je n’avais aucune idée de ce que me réservaient mes trente ans (je parle de la soirée parce que pour le reste, autant te dire que je n’ai pas encore le recul nécessaire pour te répondre) mais clairement, j’avais la trouille. Ma vie c’est un peu n’importe quoi en ce moment, et je me disais qu’une soirée improvisée en dernière minute, je ne voyais pas trop comment ça allait pouvoir le faire (alors que tu noteras que le reste de l’année je fais ça en permanence, et sans ciller en plus). Bon, pour le n’importe quoi, j’avais raison, pour le reste… et bien basé sur ce dont je me souviens, c’était pas mal ! Malgré un léger retard au démarrage (une vague histoire de clés de voiture enfermées sur un campus, d’oblagation de payer un billet de train à un prix indécent pour avoir la chance de fêter mes trente ans avec mes invités, sans compter un rappel violent de la raison pour laquelle je ne partais jamais dans une ville lointaine pour faire une soirée avec des inconnus), j’ai fini par arriver maquillée, habillée et transpirante pour gonfler une cinquantaine de ballons et m’interroger sur la nécessité sociale de fêter une décennie en plus (ou en moins, tout dépend de quel côté on se place).

Et après ? Alors oui, j’avoue, après c’est devenu très flou parce que vois-tu après, des litres d’alcool se sont mis sur ma route. Bon ok, j’exagère probablement un peu, et j’imagine que si ce n’était pas le cas je ne serais pas là pour en parler, mais toujours est-il que la loi à mon anniversaire c’est « boire ou boire, il faut choisir ». C’est la seule soirée où je ne dis jamais non aux verres qu’on me propose et, comme mes invités n’étaient pas complètement à la hauteur, je me suis proposée à boire toute seule. La bonne nouvelle c’est que je me suis très bien entendue avec les toilettes de la pote qui me recevait, la mauvaise c’est qu’on était loin de mon chez moi de l’époque et que quand j’ai décidé d’emménager dans des toilettes en général je compte également y mourir (parce qu’en temps de cuite j’ai toujours le sens de la mesure). Ah oui, détail anodin, j’ai l’alcool joyeux mais la cuite dépressive. Du coup, après avoir passé quatre heures à demander toutes les femmes en mariage et à réclamer qu’on me roule une pelle sans que personne ne cède à ma requête (je t’ai parlé de mon intention de changer d’amis ?) j’étais à la limite de déclamer du Baudelaire. Mais comme même à l’article de la mort je ne perds pas en verve, peu importe la qualité et la quantité du public, je me suis accrochée à toutes les occasions de m’étendre sur mon mal-être avec certes un vocabulaire limité (« ça va paaaaas ») et une tendance légère à la répétition (« ça va vraiment paaaaaas ») (pour plus de réalisme, ajouter quelques sanglots en fond sonore, type ambiance fin du monde). De façon tout à fait inattendue ça n’a pas eu l’air de beaucoup rassurer le chauffeur Uber qui a demandé (avec lui aussi des trémolos de fin du monde dans la voix) à ma pote si j’étais malade et, histoire de le rassurer, elle lui a sobrement répondu « Non elle est juste triste. ».

Bienvenue dans la trentaine.

Un commentaire

  • la voisine

    En vrai la trentaine c’est pas triste 🙂 T’as les avantages de la trentaine sans avoir les inconvénients de la vingtaine (je suis pas certaine d’être très claire mais une chose est certaine ça ne l’aurait pas été il y a 10 ans) (merci bonsoir).

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