Vie culturelle

J’ai assisté à mon premier concert de métal

Et mon plus gros problème ç’a été les fringues. Je sais pas toi, mais moi depuis que j’ai fait le tri ultime de ma penderie, je mets un point d’honneur à n’avoir que des fringues stylées et de bonne facture. Tu me diras que ça fait de moi une snob, mais quand tu craqueras ton cinquantième jean de l’année alors que je n’en porte qu’un sur dix mois et qu’il ne bouge pas, on en reparlera. Toujours est-il qu’avant de te faire la morale, je te parlais de mon premier concert de métal où, évidemment, j’avais envie d’avoir un peu la classe. J’ai dépassé le stade où j’essaie d’adapter ma tenue aux circonstances et je tente avant toute chose d’être en accord avec moi-même. Je ne sais pas aussi si toi ça te faisait ça, mais quand j’étais ado, j’avais toujours l’impression d’avoir mal choisi mes fringues sous prétexte que tout le monde était en jupe sauf moi, que ma pote s’était habillée un peu classe mais pas moi, ou au contraire que j’en avais trop fait. Un moi résiduel continue à paniquer occasionnellement sur comment j’aurais dû m’habiller mais j’arrive à lutter contre cette tendance à peu près naturellement. Mais la faille (car il y a toujours une faille), c’est quand je débarque dans un environnement qui m’est totalement inconnu, et que je n’ai aucune idée des codes vestimentaires (un jour je te raconterai peut-être mon premier week-end au ski).

Aussi, quand mon pote, d’un ton un peu condescendant du mec qui sait,  m’a gentiment expliqué qu’un concert de métal c’était pas exactement une promenade dans un champ de fleurs, j’ai fait la gueule. Alors ok, je ne suis pas non plus une chochotte, je suis plutôt une enfant du « à quoi ça sert d’avoir des vêtements si on peut rien faire dedans », j’ai écumé les bars sans me préoccuper du nombre de bières renversées sur moi, mais là, il m’avait décrit Beyrouth le mec. Limite je m’attendais à perdre mes chaussures et rentrer en rampant (du moins jusqu’au tram le plus proche). En fait je m’attendais à de l’épique, du sensationnel, à ce qu’on retourne mes tripes et qu’on arrache mes vêtements dans un mouvement de foule délirant ! Je m’attendais à écrire cet article avec les doigts tremblants et le regard fou. Et bon, comme je ne résiste jamais à une bonne aventure, évidemment que je ne demandais rien de mieux que d’y aller. Mais mon jean à 160 balles supposé tenir jusqu’à mes 40 ans, je l’ai pas senti sur le coup. Ni mon amour de t-shirt anti-enfants (note que je l’aime tellement celui-là que j’irais même pas manger des falafels avec). Bref, il a tellement bien réussi son coup que j’ai commencé à avoir peur. C’est donc en maugréant et avec toute la mauvaise foi du monde que j’ai fait mes fonds de placard dans l’espoir de porter des trucs vieux sans être moche ou ressembler à l’ado que je fus au temps jadis et même que ça me manque pas tant. Je te raconte pas l’échec, évidemment. Bien sûr que le jean je m’en suis sortie (toujours avoir un jean un peu destroy, règle de toute artiste qui se respecte), bien sûr que tu trouves toujours un t-shirt qui a déjà vécu pire (n’importe quel vêtement qui m’a vu manger était plus ou moins prêt pour ce concert en fait, si tu y réfléchis), mais un pull, un gilet, une veste… non mais t’as vu le prix que ça coûte ? alors évidemment que je ne m’amuse pas à en acheter des moches juste pour ce genre d’occasions à la con ! Du coup mon pote a fini par me dégoter au fond de ses placards un sweat qui avait visiblement survécu à deux guerres et une journée de travaux (mon pote est un peu une fashion victime mais ça ne l’empêche pas de récupérer toutes les fringues qui trainent chez les gens aux suites de soirées un peu trop arrosées pour les planquer au fond d’un placard « au cas où ») (au cas où c’est bien mais quand tu vis dans un 35m2 en ville laisse-moi te dire que c’est pas le plan du siècle). Et le pire, c’est qu’il a osé me regarder de haut quand j’ai fait la fine bouche et que je lui ai demandé s’il n’avait pas mieux à proposer. Alors, ok, c’était un peu hypocrite de ma part vu que je venais de passer une semaine de boulot avec un sweat Sons of anarchy sur le dos (je ne sais pas chez vous, mais nous quand on s’est séparés on a eu des conversations vraiment intenses du style :
Moi : Et tu me laisserais ton sweat Sons of Anarchy ?
Lui : *soupir* oui vas-y (de toutes façons y a que moi qui le portais depuis plusieurs mois)
Un temps puis :
Lui : Tu me files ton tapis en échange ?
Un peu plus tard :
Lui : Tiens je te laisse une choppe, je me suis dit que ça te serait utile.
Moi : Oh super merci ! Tu veux une bouilloire j’en ai une en trop ?).

Mais je crois que je me suis un peu égarée dans mon article là. Bref, tout ça pour dire qu’a final j’avais obtenu exactement l’inverse de ce que j’espérais, à savoir la dégaine d’une ado qui sait pas se fringuer et se maquille pour compenser (j’ai échangé un regard plein de compréhension avec une nana qui était sapé à peu près aussi mal que moi mais portait un magnifique rouge à lèvres violine dans les toilettes du Ninkasi Kao car toi-même tu sais. Bon toujours est-il que mon désir résiduel de faire mon âge en a légèrement pris un coup. Finalement, c’était surtout dur sur le trajet aller  (Croix-Rousse Gerland, t’as bien le temps de mesurer combien tu es habillée comme un sac), parce qu’une fois sur place j’ai pu constater que tout le monde, à commencer par le guitariste (encore que ça, je sais pas si c’était vraiment censé me rassurer) (il s’appelle Ragnar le guitariste) (si je te JURE), avait adopté le même style vestimentaire que moi. Je me suis quand même un peu demandé s’ils s’étaient habillés spécialement pour l’occasion ou si eux c’était leur style vestimentaire normal (j’ai un peu des idées préconçues sur les métalleux, je ne le nierai pas).

Toujours est-il qu’une fois assurée que tout le monde était bel et bien habillée comme un sac, je me suis gentiment laissée porter par l’ambiance, prête à me laisser entraîner dans le tumulte de la culture metal. Je dois reconnaître que même si c’est loin d’être un genre qui me parle vraiment, j’étais extrêmement fière de la façon dont j’ai embrassé les événements de la soirée et je crois que mon pote l’était aussi parce que quand je me suis mise à sauter avec lui il m’a choppé le bras. Là je l’ai regardé avec émotion J’étais trop fière, jusqu’au moment où il m’a dit qu’il avait fait ça par peur de me perdre. C’était pas très glorieux, mais j’aurais pu m’en remettre, sauf qu’en fait personne n’a essayé de m’arracher mon sweat, et je n’ai même pas perdu mes chaussures. Je te raconte pas la déception.

3 commentaires

  • Arielle

    S’il arrivait malheur à ton tee-shirt, il y aurait des larmes. DES LARMES. Sinon, pour avoir testé, je me suis sentie plus en danger pendant un concert de la Rue Kétanou dans un festival que lors de n’importe quel autre concert. Comme quoi c’est surtout une question de proportion de cannabis dans l’air ambiant. (Après, le métal, j’avoue, j’ai pas testé.)(Le dub, tu vois ta vie défiler un peu aussi.)

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