Vie intérieure

Personne n’aime ma prof de photo

Du moins, aucun de mes profs. (Oui j’aime bien les titres à sensations, et oui j’aurais fait une journaliste affreuse, et ça tombe bien, vu que dans mon travail les seuls écrits que je rends ont des titres aussi fascinants que « bilan prévisionnel 2018 » alors hein si on peut même pas se faire plaisir sur son propre blog, à quoi bon s’emmerder. Et oui je sais que cette introduction en parenthèse est beaucoup trop longue et hors sujet mais tu devrais avoir l’habitude, depuis le temps.)

Donc, le contexte. Cette petite chose futile et innocente.

Tu ne le sais peut-être pas, mais je n’ai jamais été une étudiante bien assidue. Encore que, ce n’est pas tout à fait vrai. J’ai adoré l’école primaire, même si j’étais nulle en écriture (toi, petit qui me lit et se fait reprocher son graphisme H24 par ses parents, ses profs et même le ministre de l’éducation, toi à qui on répète que jamais tu n’iras loin, que tu ne décrocheras aucun concours, que personne ne te lira jamais à cause de ton écriture déplorable, oui, toi, j’ai une bonne nouvelle pour toi : ça n’a jamais empêché personne de réussir en fait. Mais ça rassure les gens qui écrivent bien de le penser). J’ai aussi adoré une de mes années d’études, à la surprise générale (la mienne incluse). En fait je me suis éclatée parce que ça m’intéressait et oui, je le confesse sans honte, je suis brillante quand intéressée, et proche de la médiocrité quand le sujet me barbe. Fatalement, on pourra dire que ma vie scolaire a été un long et chaotique parcours (Dieu merci compensé par de considérables facultés d’adaptation en situation réelle), mais si seulement il n’y avait que la scolarité hein… Tu crois que j’en ai pas aussi fait baver les profs qui se sont échinés à m’enseigner des arts plus ou moins élaborés toutes ces années durant ? Tu crois que je n’ai pas donné envie de s’arracher les cheveux à mes profs d’italien, de musique (ah oui, parlons-en d’eux !), de yoga, de dessin, de chant… Tu crois que je me serais bougé le petit doigt pour en foutre une en dehors des cours ? Le pire, c’est que chacune de ces disciplines m’a vraiment intéressée (contrairement à la chimie et la physique où, ne nous mentons pas, si je n’ai pas bossé ce n’était pas juste par manque de facilité dans le domaine). Car oui, parlons-en des facilités. C’est une des pires tares au monde que d’avoir des facilités. Tu as des facilités pour un domaine et tu ne comprends pas pourquoi ça ne suffit pas également dans les autres. Fatalité. Il va donc me falloir bosser. Mais le pire c’est que tu sais que si tu essaies vraiment tu pourras rattraper ton retard accumulé (sauf en musique où concrètement, je crois que je suis juste un cas désespéré) (de toutes façons je m’en fous je préfère la photo). Mais du coup tu n’essaies pas. A quoi bon, puisque que si tu voulais, tu pourrais. C’est déjà bien assez non ?

Oui quelques profs se sont arrachés les cheveux sur moi, et je crois que le plus tragique, c’est que je n’ai jamais abandonné. J’ai toujours choisi la difficulté, le domaine complexe, le besoin de me mettre au défi de réussir, le masochisme. J’ai commencé tous les cours possibles avec la meilleure foi du monde sans jamais lever le petit doigt (ou avec ennui) en dehors des cours. Et le pire, c’est qu’on ne peut même pas me reprocher d’être tire-au-flanc car, tu sais ce que j’ai fait lorsque je me suis retrouvée au chômage technique ? Tu crois que j’ai passé mes journées à m’empiffrer devant de la télé-réalité ? Même pas. J’ai écris un roman, j’ai regardé des documentaires sur la danse classique, les requins et l’histoire de France. J’ai dévoré quinze blogs sur les parfums dans le but de comprendre cet art chimique et complexe. Voilà. Je suis insatiable, et pourtant dans le même temps j’ai rien foutu en yoga, j’ai pas touché ma guitare et j’ai rempli une page de gribouillis sur mon carnet de dessins avant de passer à autre chose. Ils s’arrachaient les cheveux, vous dis-je.

Et puis un jour, j’ai découvert la photographie. Je ne sais pas ce qui s’est passé avec la photographie mais cette discipline s’est trouvée au croisement entre la facilité et le besoin insatiable de faire et de comprendre. La facilité, car il suffit d’un appareil photo pour se lancer. Le besoin insatiable de faire, car les critiques ne m’ont jamais découragées et m’ont juste donné envie d’essayer et de faire mieux. Le besoin de comprendre, car je complète mes cours particuliers par des documentaires, des lectures personnelles, des notes que je prends précautionneusement dans un petit carnet. Je prends des initiatives personnelles, finalement.

Car tu ne le sais peut-être pas, mais ce n’est pas facile la photographie. Il suffit peut-être d’un appareil pour commencer, et c’est certainement plus aisé de prendre une photo que de reproduire un morceau à la guitare quand on est débutant (si, je t’assure), mais ça n’en est pas moins un art complexe. Peut-être plus encore car il donne l’illusion d’être à la portée de tout le monde sans beaucoup de travail. Et pourtant… Pourtant, il faut des notions de physique et de chimie (oui, évidemment que je n’avais pas cité ces deux-là par hasard, tu devrais me connaître un peu mieux depuis le temps), il faut développer un certain regard, retenir tout un tas de règles compliquées, tenir compte de variables variantes et savoir se dépêtrer entre les différents réglages de son appareil selon ce qu’on veut obtenir. Il est plutôt intéressant de comprendre les courants et les grands noms de la photographie. Les petits aussi, tant qu’à faire.

J’ai ouvert une porte et pour une fois je ne me suis pas retrouvée au pied d’une terrible une montagne mais face à un étrange labyrinthe. Chaque porte mène à plusieurs couloirs qui se démultiplient à leur tour. Il y a en moi cet effroi, habituel, de ne jamais tout couvrir, de ne pas avoir les connaissances suffisantes, cet effroi, si commun, si familier, face à la difficulté. Mais cette fois il ne me suffit pas à reculer. J’ai pris un couloir au hasard, et je me suis dit qu’on verrait bien.

J’ai arrêté le yoga, la musique et le dessin. Je m’en fous, j’ai la photo maintenant.

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