Vie intérieure

Si tu veux tout savoir, j’ai toujours su, en fait

Ça fait cinq ans que je suis diplômée, et à peu près autant que je ne pense qu’à me réorienter. Cinq ans que je noircis des feuilles entières de projets, que je glane à droite ou à gauche des renseignements sur des professions diverses et variées, et que je remplis des colonnes de pour et de contre. Il me faut de l’argent, un rythme de vie acceptable, du plaisir dans la pratique, de la liberté, de la facilité. Beaucoup de critères, certainement. Mais c’est parce que j’ai un objectif, voyez-vous, j’aimerais avoir du temps pour écrire et faire de la photo.

Attends.

Attends attends. C’est pas déjà le cas ? T’as pas déjà un boulot qui paie les factures, les voyages, ta passion pour les produits de beauté, les petits-dej avec les copines et le matos pour écrire et faire de la photo ? Un boulot qui te permet de bosser seulement à mi-temps et d’être libre de tes actions ? Un métier dans lequel tu as de sacrées facilités et qui ne te retourne pas trop le cerveau ?

Je ne sais pas à quel moment exactement j’ai finalement fait les liens. C’est peut-être bien à force d’entendre mes potes me dire « je voudrais l’avis d’un auteur sur ce que j’ai écris » ou « c’est pas ta passion écrivain, c’est ton métier » que j’ai fini, tout compte fait, par me sentir légitime et par accepter que je n’avais pas besoin d’avoir publié quoi que ce soit pour me sentir auteur. Va savoir pourquoi j’ai toujours eu ce souci pour assumer mon identité, cette profonde sensation d’imposture, cette honte, presque, à dire que moi j’étais auteur, mais oui d’accord c’est vrai j’ai rien fait en vrai et puis j’ai un vrai métier à côté tu sais. Et qu’à le répéter le répéter et le répéter encore, j’ai fini par oublier qui j’étais vraiment. Alors il est bien possible qu’exactement de la même façon, à force de voir que ça paraissait normal aux autres, à les regarder émettre des évidences qui n’avaient rien d’évidentes pour moi, j’ai fini par me demander pourquoi ça ne l’était pas aussi à mes yeux.

Petite, ma mère me répétait : « Trouve-toi un vrai métier et après tu feras ce que tu veux ». J’ai trouvé un vrai métier, et puis j’ai oublié de faire ce que je voulais. Je crois que le problème, si je suis complètement honnête, c’est que j’assume moi-même assez difficilement de choisir officiellement une voie qui n’a rien de stable ou de simple ou même d’évident, et de continuer trois jours par semaine un travail que le monde entier trouve génial et qui l’est certainement, mais pas pour moi. Alors j’écris, je prends des photos, je monte des projets, mais je prends bien garde de ne jamais les mener jusqu’au bout parce qu’alors, Dieu seul sait ce qui pourrait se passer.

Alors maintenant, chaque fois que quelqu’un me dit « Oh tu devrais faire un bilan de compétences pour voir ce qui te conviendrait vraiment ! » ou « On pourrait monter ce projet ça serait cool ! » ou encore « Tu as pensé à faire ça ? ça t’irait vraiment bien. », je ne fonce plus tête baissée, et je réponds « Non, je sais ce que je veux faire, je veux écrire et faire de la photo ».

Non, je veux écrire et faire de la photo.

Ça a l’air de rien, comme ça. Mais en fait, je crois que je ne l’avais jamais dit à voix haute.

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