Vie intérieure

La confiture session d’herbe bleue

Hier j’ai assisté à ma première jam session (qui restera à jamais une confiture session dans mon cœur) de bluegrass. C’était plutôt sympa même si, comme vous vous en doutez, je n’ai pas participé (autant enchaîner quatre accords en boucle sur une rythmique feu de camp ne me pose aucun problème dans mon salon, autant je préfère m’abstenir dans une assemblée qui se parle à coups de « tu peux me la refaire mais en pentatonique majeur diminué* s’te-plaît ?**« ) . D’ailleurs, même mon mec, dont c’est quand même un peu le métier, s’est fait prendre pour un débutant sous prétexte qu’il venait pour la première fois et que clairement, le bluegrass, c’est pas son style de prédilection (ça m’apprendra à choisir un métalleux tiens). Du coup, un type qui tenait un banjo à 5000 balles (bien sûr qu’on a regardé en rentrant, ce banjo était magnifique) qui s’appelait Sammy (le banjo, pas le mec), s’est retrouvé à lui crier « ré majeur ! ré majeuuur ! » pendant tout un morceau jusqu’à ce que mon mec lui réponde que, en fait, il essayait de le transposer ailleurs sur la guitare (en pentatonique majeure diminuée***, certainement).

Bon du coup, moi, on sentait que j’avais pas bien compris le concept de la soirée puisque je me suis pointée avec mon appareil photo et mon mac (c’était le jour ou jamais pour me piquer mon sac à main, en fait). Le guitariste du groupe de mon mec a quand même fait le lien rapidement « Ah tu es venue pour être dans l’ambiance de ton roman qui se passe au Kentucky c’est ça ? », mais apparemment il doit avoir un humour à peu près aussi douteux que le mien, parce que quand sa copine m’a demandé ce que je faisais là et que je lui ai expliqué que je venais écouter du bluegrass parce que c’était la musique officielle du Kentucky et que j’écrivais un livre qui se passait au Kentucky et que j’aimais bien m’imprégner d’ambiances pour écrire, elle s’est exclamée « Ah mais pour de vrai ?? » J’en ai déduit que ma vie était un peu une grosse blague.

Elle était très sympa cette fille d’ailleurs (que j’ai passé la soirée à appeler Jeanne alors que concrètement, pas du tout, mais qu’en plus elle portait un collier avec son nom écrit dessus) (on est doué ou on ne l’est pas), ou alors elle a des compétences en communication du niveau des miennes, parce que ça ne l’a pas dérangé qu’à peine après lui avoir dit bonjour je lui demande direct si elle pouvait se mettre de trois-quart profil pour que je puisse la prendre en photo en train de jouer du violon. Sauf que mon appareil était pas trop emballé par le fait que j’expérimente les modes ouverture et vitesse dans un bar sombre alors que je rechignais à utiliser mon flash sur des inconnus concentrés à faire des pentatoniques majeur(e)s diminué(e)s (confiance en soi blabla). Du coup j’ai sagement renoncé, parce que le flou artistique c’est bien, mais que là c’était plutôt flou flou. Et puis je me suis souvenue que de base j’étais quand même venue pour écrire mon livre qui se passe au Kentucky (le fameux). Sauf que concrètement, je sais pas si l’un d’entre vous a déjà eu à allumer un mac, mais entre nous le thème musical n’est pas exactement en accord avec le bluegrass. Du coup, comme je ne savais pas vraiment à quel volume j’avais laissé mon pc que j’avais pris le soin d’éteindre mue par un élan écologique que j’ai un peu regretté quand même, j’ai fait mine d’aller aux toilettes (en toute discrétion, seulement équipée de mon mac, mon appareil photo et mon sac) où je me suis faite surprendre en train de m’essayer à l’autoportrait (en gros je faisais un selfie dans le miroir des toilettes) parce que je me disais que ça pourrait faire une collection artistique super cool sauf que mon appareil photo avait VRAIMENT. PAS. ENVIE. Du coup je me suis dit que c’était pas grave et j’ai allumé mon mac qui n’a même pas fait le moindre semblant de bruit parce qu’apparemment j’avais eu la présence d’esprit de le mettre en silencieux, ce qui aurait été mieux si j’avais aussi eu la présence d’esprit de m’en souvenir. Du coup j’ai retraversé le bar avec mon barda (parce que quand tu manques de confiance en toi la discrétion est la clé principale de la survie) (dit la fille qui a des plumes dans les cheveux), je me suis posée devant mon pc, faisant semblant que c’était une attitude tout à fait naturelle en pleine jam session et là, j’ai réalisé que j’étais incapable de fixer l’écran sans mes lunettes. Alors oui, je porte des lunettes, et elles sont plutôt cools et décalées et je n’ai aucun problème avec ça. Mais là, rends-toi bien compte, lecteur, que j’étais cernée de musiciens et que moi j’avais sorti mon pc pour écrire, et que c’était déjà beaucoup attirer l’attention sans en plus chausser des lunettes d’intello. Autant me lever en plein bar pour hurler « Vous êtes des musiciens trop cool et moi je suis rien qu’un rat de bibliothèque ! » Mais comme je n’ai pas non plus envie de finir aveugle à 37 ans, je les ai mises quand même. Et là, la fameuse fille qui ne s’appelle pas Jeanne a commencé à rigoler et soudain elle m’a dit, avec un naturel déconcertant : « Mais elles sont trop bien tes lunettes ! ».

Je l’aime bien cette petite.

* comme je n’ai aucune idée de ce dont quoi je parle il m’a été impossible de déterminer l’accord exact de majeur diminué et je le vis mal

** inutile de demander à Google, ce terme n’existe pas

*** oui, j’ai changé l’accord, au cas où

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