Vie culturelle

Je me suis soignée sur Netflix

Tout ça a commencé parce que ma coloc est venu le week-end dernier avec une seule exigence : du fluff (parce qu’on ne peut pas toujours avoir envie de drames primés aux oscars) et que du coup elle m’a proposé de regarder Princesse malgré elle. Moi je ne me rappelais plus si j’avais déjà vu le film mais je me souvenais avoir adoré le livre du temps de mon adolescence (parce qu’on ne peut pas aimer que les prix Goncourt). J’avais en mémoire Michael (qui est, de façon très inattendue, un intellectuel avec de beaux cheveux), le cancer des testicules et une meilleure amie absolument infecte. Le revival de l’adolescence était sympathique, bien que pas transcendant, et puis je suis passée à autre chose.

Du mois le croyais-je ! *roulement de tambour* Jusqu’à ce qu’hier, en rangeant ma chambre, je retombe sur le roman Le journal d’une princesse. Si c’est pas le destin mes amis (ou du moins le signe que je ne range pas ma chambre assez régulièrement). Après avoir pris 20 minutes pour me gausser du look bien années 2000 de la couverture, avoir réalisé que « oh c’est marrant elle aussi elle est devenue blonde ! » (en y repensant je ne comprends pas bien pourquoi ça m’a fait plaisir) et faire une mini-dépression parce que l’industrie cinématographique nous ment et que ce foutu bouquin se passe à New York et non à San Francisco (non mais sérieusement les mecs, est-ce que tout a besoin de se passer à New York ? T’as vu la taille des Etats-Unis ? Le nombre de villes glamour qu’on y trouve ? Un peu d’imagination sérieux que diable !* Je t’ai déjà dit que Lovesick se passait à Glasgow ** et que je trouvais ça génial ? Non, mais c’est parce que je ne t’ai pas encore parlé de Lovesick. Patience, ça arrive.), et bien après tout ça, je l’ai finalement ouvert.

Si on se penche sérieusement sur la question cinq minutes, ce livre, j’aurais pu (ou dû ?) le trouver, ricaner bêtement cinq minutes, et le ranger (j’aurais aussi pu le donner mais ça c’est tout bonnement hors de question, j’ai d’excellents souvenirs avec ce livre moi). Alors c’était peut-être un instant de faiblesse, peut-être parce que j’avais froid, le nez en vrac, la gorge en feu et les hormones dans le collimateur, ou peut-être juste parce que j’étais en colère (tu me diras que je suis souvent en colère ces derniers temps mais tu vas voir, on s’habitue), toujours est-il que je me suis mise à le relire.

Je me souviens que j’avais fait une fiche lecture en 3ème sur ce livre. Mon prof m’avait mis 15 et m’avait engueulée, parce qu’en 3ème on est censé lire des classiques et que Journal d’une princesse n’est pas exactement un classique***. Mais moi à 14 ans, je n’avais pas envie de lire des classiques (quand tu vois que maintenant je fais la gueule dès que je dois ouvrir un livre dont l’auteur n’est pas mort depuis au moins un siècle, belle ironie). Quand j’avais 14 ans, j’écrivais un journal intime (pas un carnet où j’écris des gratitudes, des choses positives, des demandes à l’univers, des lettres aux gens qui m’ennuient pour expier mes problèmes et ce genre de choses hein, non non non, un vrai journal intime où je tenais le récit pointilleux de mon absence totale de vie) (maintenant je tiens un blog, ce qui me laisse penser que je ne suis pas complètement revenue de cette époque), et je me plaisais à lire uniquement des journaux intimes (ah Bridget Jones… je l’ai tellement lu celui-là que c’est à peine si les pages tiennent encore) et après j’en copiais plus ou moins le style grandiloquent et tragicomique. Ce qui, au final, rend mes vieux journaux très plaisants à lire, quand je n’ai pas complètement honte de ce que j’y raconte (c’est une chose de se moquer des 14 ans de quelqu’un d’autre et de se remémorer les siens) (j’ai choisi le déni et je le vis très bien).

Tout ça pour dire que, quoi qu’ait pu en penser mon prof de français de 3ème (et encore, il ne se rend pas compte de la chance qu’il a eu par rapport à mes profs de fac car non, vraiment, il est impossible de me faire ouvrir un livre que je n’ai pas envie de lire), et bien cette fois encore, j’ai ri. J’ai ri des excès dramatiques, des contradictions, de l’égocentrisme. J’ai ri pendant 59 pages, juste le temps d’entrer dans l’intrigue, et puis je me suis mise sur Netflix, j’ai regardé une sitcom sur la famille, et bizarrement au bout de 25 minutes d’épisode j’avais l’impression de sortir de 25 minutes de thérapie, et j’ai réalisé que j’avais si bien évité les thèmes familiaux pendant des années, que je n’avais jamais réalisé leurs bienfaits cathartiques.

Pourtant l’art sert à ça, pleurer comme une demeurée devant une comédie romantique et rire de tout, pour comprendre que rien n’est grave et tout va bien, finalement. Sept ans que je soigne le moindre coup au cœur devant Friends, et pourtant à croire que je n’ai toujours pas fait le lien. Alors je me suis dit que je continuerai plus tard, parce que j’en ai d’autres des problèmes à régler, et j’ai commencé une série romantique, parce que des fois, je l’avoue, j’ai besoin de me lover sous la couette, de foutre au feu mon travail en retard, de me faire des tartines de brillat-savarin, et de regarder des comédies romantiques. Et j’ai entamé Lovesick, parce que c’est exactement l’état dans lequel je me sens, en ce moment. Et tu sais quoi ? Non seulement cette série est parfaite, car elle dégage un de ces trucs mec, elle a du charisme, non vraiment j’invente pas, mais en plus, et bien je crois que c’était exactement ce qu’il me fallait. Des fois, on te parle d’un truc depuis des semaines, tu le mets dans un coin de ton cerveau, et au moment où tu as besoin de ça, le cerveau ressort l’info et la traite. Cette soirée aurait pu être absolument parfaite si, en bonne bobo croix-roussienne, je ne m’étais pas mise aux cotons en tissu, ce qui est très bien, mais pas pour le vernis si tu veux mon avis. Alors bon, je l’avoue, j’ai pas pu refaire mes ongles devant la série. C’était pas vraiment grave, et ça a totalement cessé de l’être lorsque je me suis retrouvée à la fin du premier épisode. J’ai trouvé que l’univers était vraiment un petit comique, mais il parait que des fois on est prêts, c’est tout simplement le bon moment. Alors je me suis dit que ok, j’allais la continuer ma thérapie par l’art télévisuel. Et ça me va bien.

Il y a un temps pour tout j’imagine.

* Certaines personnes pourraient arguer que l’héroïne de mon roman est elle-même originaire de New York, mais je n’ai jamais prétendu que j’avais la moindre imagination.

** Glasgow qui est paraît-il une ville plutôt moche, mais il y a des jours où tout paraît exotique du moment que ce n’est pas Lyon.

*** Pour le coup je dirais que tout est une question de point de vue.

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