Vie intérieure

Comment font les gens

Comment est-il seulement possible de ressentir un manque aussi violent et d’être aussi incroyablement heureux dans un même battement de cœur ? Comment le corps et l’âme peuvent-ils supporter l’accumulation d’une telle déchirure et d’un tel éclatement de bonheur ?

Comment font les gens qui ne sont pas des artistes ? Comment supporter le malheur quand on ne peut le compenser par l’incommensurable bonheur prodigué par la création ?

Souvent j’oublie ce que je dois à l’écriture. Souvent j’oublie qu’elle est mon premier amour, mais surtout le plus fidèle. Souvent, j’oublie que sans elle, je serais juste une épave de tristesse et de névroses. Que mes colères flotteraient inutilement comme du bois mort. J’avais oublié que lorsque j’écris, aussi violents puissent être les mots, aussi rageuse puisse être la catharsis, mon âme tout entière s’illumine et se berce de joie. Est-ce que ce ne serait pas merveilleux de pouvoir fuir le quotidien, partir s’enfermer dans une charmante maison de campagne, s’étendre le long d’un feu de bois, faire ses courses au milieu d’étrangers, peut-être même d’être plongée au cœur d’un brouhaha incompréhensible. De n’avoir pour sensation familière que le bruit des touches sur le clavier et le creux dans mon cœur. Ne serait-ce pas formidable de pouvoir tout quitter et de passer des heures entières à ne faire qu’écrire, étaler sa misère et la transcender, loin des tristes obligations quotidiennes ? Et l’on mettrait au feu la compta et les courriers administratifs. On se contenterait de se rappeler que pour être heureux, il ne faut rien que s’enfoncer dans une délicieuse bulle d’art et de création.

A quoi bon être triste à en crever, si on ne peut même pas en faire une putain d’œuvre d’art ?

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