Les hommes et moi

Tu me manques, sale con

Cet été, j’étais au fond du trou, et tout le monde s’en fichait. Enfin non, j’exagère. Je me souviens de ces quatre amies que j’appelais à tour de rôle, chacune son tour de garde. Je me souviens des conférences de Laurent Gounelle, du carnet dont je t’ai parlé. Je me souviens que pas une seconde je ne pouvais tolérer le silence. Je me sentais seule au monde.

Cet été, j’ai cru que jamais je ne pourrais rien vivre de plus dur, et j’ai dû m’en extirper seule. Personne n’a essayé de se mettre à ma place. Tout le monde avait une bonne raison. Une place délicate, d’autres gens à voir, et j’étais certainement très bien entourée. Evidemment.

J’ai cru que je n’oublierai jamais, et c’est certain, je n’oublierai pas. Mais ce n’est plus ma vie, en un sens ça ne l’a jamais été. Une erreur de parcours, un dommage collatéral à tout casser. Ce n’est pas difficile de pardonner, parce qu’une seule chose compte, être heureux. Je sais que la grande différence entre toi et moi, c’est que tu t’en fous de l’empreinte karmique. J’imagine ton air de déception si je t’en parlais. Toi, tu as la rancune tenace. Est-ce que tu m’en veux d’ailleurs ? Est-ce que tu me détestes ? Tu te souviens, un jour je t’ai demandé si je te manquerais, si un jour on arrêtait de se parler. Tu m’as dit que moi et mon manque de confiance en moi étions ridicules, mais c’est toi qui n’a pas su voir. Je préviens toujours. Les gens ne le réalisent pas, mais je suis une personne franche et honnête. Je dis ce que je ressens et je ne mens pas. Je ne fais pas semblant. Mais je peux comprendre que la vérité ne les arrange pas. Ce n’est pas mon problème. Trois décennies que je vis avec le regard faussé des autres sur moi. Bien sûr que ça m’agace, mais combien de personnes m’ont vraiment cernées ? Combien qui pensent me connaitre et parlent de moi avec des grandes phrases toutes faites ? Tu sais je les vois. Je les repère, je les devine.

Je n’ai jamais compris que tu croies tant en moi. Ça m’a toujours surprise, tu étais fou peut-être, certainement même. C’est ça aussi qui me manque. Je suis fatiguée qu’on me dise que franchement c’est tant mieux comme ça, et ça va c’était qu’un râteau. Finalement, ils n’ont jamais compris ce que je voyais en toi. Ce que je voyais en toi, c’était moi. Tu savais déterrer ma folie, ma force créatrice, mon courage. Tu débusquais mes ressources cachées sous des couches de paresse. Oui, tu savais faire ressortir ce qu’il y avait d’exceptionnel en moi. Je crois que c’est pour ça que je ne suis pas prête à te laisser partir. J’ai encore besoin de ton regard sur ma vie, j’ai encore besoin que tu me pousses sur mon chemin. Et tu n’es plus là, c’est vrai, et pourtant c’est comme si tu m’accompagnais dans chacun de mes gestes et chacune de mes actions. Tu es ce petit guide assis sur mon épaule qui me dit « ose ». Tu es mon Nietzsche, et jamais je n’ai été aussi proche de qui je suis. Alors qui sait, peut-être bien qu’un jour tu finiras bien dans les remerciements d’un grand roman.

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